samedi 4 juillet 2009

5 G

Le cinquième épisode de Mad Men nous fait voir Pete Campbell sous son plus mauvais jour. Jaloux d’un collègue de travail qui a réussi à faire publier dans un magazine un récit qu’il a écrit, Pete veut à tour prix être publié à son tour. Alors il se tourne vers sa femme...

Ces deux scènes sont typiques de Mad Men. Elles sont troublantes et chargées de sens, tout en restant agréablement ambiguës. Au lieu d’expliquer totalement Pete, elles nous incitent plutôt à méditer sur son cas. Et à formuler nos propres hypothèses en fonction de notre vécu et de notre sensibilité.

Quand on fait de la télé et ou n’importe quel autre art dramatique, il faut laisser place à l’interprétation. C’est vrai pour l’auteur, qui doit laisser le metteur en scène interpréter son texte et les acteurs interpréter ses personnages. Et c’est vrai aussi pour l’œuvre au grand complet, qui doit laisser place à l’interprétation du spectateur plutôt que d’offrir des réponses toutes faites. En tout cas il me semble.

Pour cette raison, je pense qu’il faut aborder l’écriture dramatique comme un jeu d’exploration. Si on a une théorie ou si on est convaincu de savoir ce qui ne va pas avec le genre humain, mieux vaut écrire une thèse qu’une œuvre dramatique.

samedi 27 juin 2009

New Amsterdam

Le quatrième épisode de Mad Men est celui qui m’a fait basculer dans le camp des fervents admirateurs de la série. Il contient plusieurs scènes fantastiques mettant en vedette Pete Campbell et Betty Draper.

Pete Campbell, c’est le vilain de Mad Men. Le jeune frustré qui cherche désespérément à entrer dans le club des «vrais hommes» et qui passe tout cet épisode à encaisser humiliations après humiliations. Alors forcément, c’est le personnage auquel je m’identifie le plus.

Dans cet épisode comme dans les précédents, Pete se comporte en petite crapule au travail. Mais dans une scène géniale, on le voit demander un prêt à son père et soudain on commence à le comprendre. Surtout quand il promet de rembourser l’emprunt et que son père lui répond: «It’s not about the money, Peter. You know that.»

Betty Draper souffre d’un problème similaire. Ce n’est pas tout à fait une adulte. Pour nous le faire comprendre, les auteurs de la série ont une idée géniale : faire interagir Betty avec un enfant dans une scène vraiment troublante. Betty n’arrive tout simplement pas à établir une relation adulte-enfant avec Glen, le fils d’une voisine qu’elle garde. Elle redevient plutôt la petite fille qu’elle n’a jamais cessé d’être.

lundi 22 juin 2009

The marriage of Figaro

Le troisième épisode de Mad Men ne m’a jamais particulièrement allumé. Mais il y a dedans un échange que j’aime beaucoup. Au beau milieu d’une petite fête réunissant son voisinage, Don Draper s'ennuie dans sa petite vie banlieusarde. Il jase avec un voisin et ça finit comme ça:

VOISIN: We got it all, huh?
DON DRAPER: Yep this is it.

Mad Men contient beaucoup de « déclaration choc » dans ce genre-là. AMC, le réseau qui diffuse la série aux États-Unis, a eu l’idée de se servir de ça pour créer une campagne promotionnelle. Voici ce que ça donne...







dimanche 21 juin 2009

The ladies room

Dans le deuxième épisode de Mad Men, on apprend surtout à connaître Betty Draper, la femme du héros de la série. Même s’il est marié avec un bel homme qui fait beaucoup d’argent, même si elle a deux beaux enfants, même si elle est la maîtresse d’une maison confortable en banlieue de New-York, Betty est malheureuse parce que son mari est secret et distant. Son anxiété est telle que ses mains se mettent régulièrement à trembler, et à cause de ça elle finit par avoir un petit accident d’auto.

Ce qui est intéressant dans le scénario, c’est comment les auteurs ont réussi à lier cette histoire au travail du mari de Betty. Don Draper est concepteur publicitaire dans une agence. Dans cet épisode, il travaille sur une pub pour le tout premier désodorisant en aérosol. Il commence par rejeter un concept liant le produit aux astronautes et à la conquête spatiale parce qu’il vise les hommes. Or, fait-il remarquer, c’est la femme qui achète du désodorisant pour son mari quand elle fait l’épicerie. Car on est en 1960...

Ensuite, il pose ne question très évidemment inspirée de ce qui se passe chez lui: «what do women want?»

Cette question traverse tout l’épisode et lui donne son unité. Mais la question est moins intéressante que la réponse qu’un homme aussi «homme» que Don Draper peut y trouver. À la fin, le slogan qu’il trouve pour vendre du désodorisant est merveilleusement ambigu : «What do women want? Any excuse to get closer...»

Ça jette un éclairage sombre sur le personnage et son comportement avec sa femme qu’il essaie ensuite de rassurer en se livrant à un simulacre de rapprochement.

Qui aurait imaginé que la conception publicitaire constituait un bon moyen d’aborder des questions aussi profondes sur la nature humaine?

samedi 20 juin 2009

Smoke gets in your eyes

Il y a quelques jours, j’ai lu le scénario du premier épisode de Mad Men, Smoke gets in your eyes. Ça m’a donné envie de regarder à nouveau la première saison au complet et d’essayer de trouver quelque chose d’intelligent à dire sur chacun des épisodes.

Dans le premier épisode, le scénariste Matthew Weiner collectionne les moments qui nous dise une chose: dans cette série-là, le «passé» n’est pas un monde doux et rassurant qu’on évoque avec nostalgie. Le début des années 60 est plutôt présenté comme un monde étrange et très dur, en particulier pour les femmes qui sont continuellement harcelées ou traitées comme des enfants. Allez voir cette scène, vous allez comprendre.

Cette scène illustre aussi une autre caractéristique de Mad Men: plus que n’importe quelle autre série dramatique, c’est un show de «scènes» qui sont des moments en soi et qui se regardent très bien toutes seules. Il y a des scènes comme ça dans toutes les séries, mais jamais en aussi grand nombre. Pour cette raison, Mad Men est une série qu’on peut regarder plusieurs fois. On continue d’apprécier les scènes même quand «on connaît l’histoire».

Sur ce plan, Mad Men fonctionne comme une comédie. Une comédie aligne les gags et moments drôles, et cet enchaînement-là est plus important que l’intrigue générale de l’épisode ou de toute la saison. Mad Men aligne plutôt les moments intenses et dramatiques qui sont tenus ensemble par une intrigue minimaliste.

Je trouve que ce choix-là rend la série très réaliste. Dans nos vies, on vit assurément des «moments». Par contre, on vit rarement des «histoires» comme on en voit habituellement à la télé – bien ficelée, captivante et dynamique.

jeudi 11 juin 2009

Wow...

Aujourd'hui, j'ai vécu une journée de tournage qui a testé ma patience au maximum. Mais ce n'est rien à côté du tournage de court-métrage d'animation qui a duré quatre jours. Et nécessité plus de 6000 post-it...



Merci à Jipé d'avoir mis ça sur son blogue. Sinon, je ne l'aurais peut-être jamais vu...

mercredi 10 juin 2009

Visionnement

C’était jour de visionnement hier au bureau. Je m’en allais là avoir du fun mais finalement, il a fallu qu’on travaille fort.

Un visionnement, c’est quand on regarde en groupe un sketch après un premier montage pour le commenter et suggérer des améliorations.

Quand un sketch fonctionne bien, ça va tout seul. Mais hier, on s’est buté à deux sketchs «à problème». Dans ces cas-là, on devient presque des chirurgiens. Il faut trouver le moyen de couper les longueurs et les gags qui marchent moins bien, tout en s’assurant que l’histoire se tient encore.

Des fois, pareil travail de remodelage donne des résultats surprenants. Surtout quand on n’a pas peur de faire quelque chose de radical. L’important c’est d’essayer de voir le sketch d’un regard neuf et de s’en détacher le plus possible. Comme ça, on voit de nouvelles possibilités.

L’erreur qu’on fait souvent, c’est vouloir tout préserver. En essayant par exemple d’enlever deux ou trois secondes à plusieurs endroits plutôt que de faire toute une section. Comme auteur, quand on coupe dans un sketch, on est comme un gars qui vient de se faire amputer un membre. Quand on regarde le sketch, on «sent» encore la partie manquante – ou du moins on ressent très fort son absence. Il faut se rappeler que les téléspectateurs n’éprouveront jamais cette sensation parce qu’ils n’ont jamais vu la partie manquante. Ce qui nous apparaît comme une coupure maladroite ou un «trou» dans la logique ne les dérangera pas autant.

Hier, on a notamment travaillé sur un sketch mettant en vedette Laurier, notre prof de Cégep aussi flamboyant que son col roulé orange. Pour me rappeler ce qui marche bien avec lui, j’ai regardé à nouveau tous ses cours sur l’amour et la sexualité. Et voici mon préféré...



À égalité avec celui-ci...

samedi 6 juin 2009

Ouverture

Quand on regarde plusieurs épisodes d’une télésérie en rafale, on finit presque toujours par «sauter» la séquence d’ouverture.

Dans certains cas, toutefois, l’ouverture est tellement bonne qu’on ne se lasse jamais de la regarder. Je viens de regarder la première saison de Big Love et pas une seule fois j’ai sauté la séquence d’ouverture. Visuellement, elle n’a rien d’extraordinaire. Mais la chanson des Beach Boys est tellement géniale...



Ma séquence d’ouverture préférée, c’est celle de Dexter, une série mettant en vedette un tueur en série essayant de mener une vie normale. C’est l’idée de base de la télésérie et la séquence d’ouverture la fait passer en transformant une «routine du matin» en une séries d’images saisissantes...



J'ai aussi beaucoup d'affection pour l'ouverture de Twin Peaks. C'est mon choix dans la catégorie "meilleure musique originale". Côté visuel, c'est très fort au début mais ça tombe un peu vers la fin...

vendredi 5 juin 2009

Écrire, c’est du sport

La télésérie Sports Night a joué un rôle important dans ma «carrière» d’auteur. Quand je l’ai vu sur DVD, j’écrivais quatre bulletins de nouvelles technologiques par semaine pour l’émission La Revanche des Nerdz. J’étais donc à peu près dans la même position que Dan Rydell et Casey McCall, les deux héros de Sports Night.

Ces deux personnages écrivent et animent un bulletin de nouvelles sur une chaîne de sports. Ils sont passionnés par le langage et l’écriture. Et toutes les nouvelles qu’ils présentent dans l’émission sont écrites de façon créative et excitante – tout simplement parce qu’elles sont écrites par le génial Aaron Sorkin.

Tous les dialogues de la série sont du même acabit. Sorkin n’écrit pas de façon «réaliste». Il écrit des dialogues spectaculaires faits pour être joués à toute vitesse par des acteurs en plein possession de leurs moyens.

En voyant ça, j’ai réalisé que je pouvais aller beaucoup plus loin dans ma lutte contre «l’écriture banal» – même en rédigeant un humble bulletin de nouvelle. Ça m’a donné de travailler plus fort et d’être plus créatif. Bref, c’était comme recevoir un coup de pied au derrière.

Quand je repense à Sports Night, la scène qui me revient avec le plus de vivacité est les patrons forcent Dan Rydell à s’excuser pour un commentaire qu’il a fait à propos de la consommation de drogue. Le monologue qu’il livre frappe fort.



C’est dans le deuxième épisode et c’est le moment où j’ai su que j’aimerais cette série. J’aime en particulier la fin, quand le partenaire de Dan se met à parler d’autre chose. C’est exactement ce que j’aurais fait à sa place. Et c’est exactement ce que j’aurais voulu qu’il fasse si j’avais été à la place de Dan.

vendredi 29 mai 2009

Tout est dans le titre

Quand j’étais à l’UQAM, j’ai suivi un cours d’écriture de chanson avec Robert Léger de Beau Dommage. Un des trucs qu’il nous donnait pour écrire un bon texte de chanson, c’était de commencer par trouver un bon titre.

Depuis, je n’ai pas écrit une seule chanson. Mais ça m’est arrivé souvent d’appliquer son conseil à l’écriture de scénarios. «Appliquer» n’est pas tout à fait le bon mot puisqu’il n’y a rien d’intentionnel là-dedans. C’est juste que ça m’arrive souvent de «sortir des titres», comme ça, sous le coup d’une soudaine illumination, et d’avoir envie d’écrire le scénario allant en dessous.

Un bon exemple de ça, c’est La Petite Grosse Medium. J’ai inventé ce titre-là pendant une réunion au bureau, alors que la discussion avait dévié sur la pizza. Au départ, c'était juste une blague. Mais j'ai vite compris que je tenais un personnage et un concept de sketch. Et quelques mois plus tard, ça donnait ça...



C’est loin d’être un cas unique. Si on a fait une parodie de Lost, c’est parce que j’avais son titre: Pardus. Même chose pour La Super Coop, une série de sketchs portant sur une coopérative réunissant des superhéros pas assez «super» pour travailler en solo.

Même si je travaille en création, je suis quelqu’un de très cartésien. Pour travailler, j’ai besoin de savoir exactement ce que j’essaie de faire et où je veux aller. Je pense que c’est pour cette raison que j’aime partir d’un titre à la fois accrocheur et porteur de sens. Ça me donne tout de suite une direction, un concept à respecter.