18.12.10

Arthur au théâtre


Pour la première fois, on a amené fiston Arthur au théâtre aujourd’hui. C’était au Hudson Village theater, pour ce que les Anglais appellent un «pantomine».

Un «panto», comme disent aussi les Anglais, c’est du théâtre échevelé s’adressant aux enfants, et un peu aussi à leurs parents, qui est une tradition britannique du temps des fêtes. Reprenant des histoires bien connues, les pièces sont de grosses farces incorporant tout ce qu’il y a de facile en humour. On chante des chansons pop en changeant les paroles. On fait des sous-entendus sexuels. On donne dans l’anachronisme. On demande à un homme de jouer un personnage féminin. Et on interagit avec les enfants dans la salle.

Je voulais voir un panto depuis que j’avais découvert que ça existait en regardant la télésérie Extras. Alors on a amené Arthur voir Aladdin même si la pièce était en anglais.

La question que fiston nous a posé plusieurs fois au sujet du spectacle : est-ce qu’il va y avoir une TV dans la salle? Parce que sinon, qu’est-ce qu’on allait regarder?

Quand les lumières de la salle se sont éteintes, fiston avait compris qu’il allait se passer quelque chose sur la scène et il était tout excité. Mais son excitation s’est changé en authentique terreur quand le méchant magicien Abanazer s’est présenté sur scène dans sa cape noire et s’est mis à crier qu’il voulait s’emparer de la lampe magique et devenir le maître du monde.

Il a fallu que ma blonde sorte de la salle pour le calmer. Et s’il a accepté à regagner son siège quelques minutes, il a passé tout le spectacle à avoir peur quand un méchant faisait son apparition ou que l’action devenait trop intense.

C’est une chose de voir des bons et des méchants se courir après et se battre sur un écran de télé. Ç’en est une autre de les avoir là, en face de nous, en chair et en os. Et c’est sans doute à cette différence que tient la puissance et la magie particulière du théâtre.

4.12.10

Lemon Drop


Je n’achète pas souvent de vodka parce que c’est un alcool qui m’ennuie un brin – comme tout ce qui est incolore et sans saveur. N'empêche, j’ai quand même un cocktail à la vodka favori: le Lemon Drop

Lemon Drop

-1 ½ oz de vodka
-3/4 oz de jus de citron
-3/4 oz de sirop de sucre

On met tous les ingrédients dans son shaker et on agite avec de la glace. Puis on sert dans un verre à cocktail au bord givré avec du sucre.


À l’origine, un Lemon Drop était un shooter de vodka accompagné d’un quartier de citron. Mais le nom s’applique maintenant à ce cocktail qui est tout simplement un vodka sour.

Servi glacial, le Lemon Drop ne manque pas de charme. C’est une dose massive d’alcool et de sucre qui monte directement au cerveau. Pas particulièrement sophistiqué, mais efficace.

Mad Men 2.07: The gold violin


J’ai envie de commencer ce texte en citant Ken Cosgrove et de voir où ça me mène:

“I saw one at the Met. It’s perfect in every way. Except it couldn’t make music.”

Ken parle d’un violon en or qu’il a vu dans un musée et qui lui a inspiré une nouvelle intitulée The Gold Violin qu’il décide de faire lire à Salvatore Romano, ce qui lui vaut une invitation à dîner chez Sal et sa femme Kitty. Durant cette visite, on a l’occasion de constater que le mariage de Sal est exactement comme le fameux violon en or: parfait en apparence mais essentiellement dysfonctionnel. Parce que Sal est homosexuel et s’intéresse bien plus à Ken qu’à sa femme. Et plus tard, tout ça prend une autre signification quand le mariage de Don Draper devient le vrai «violon en or» de l’épisode.

J’aurais vraiment aimé être là quand les auteurs de la série ont inventé tout ça. Parce que je relis mon long paragraphe et je me dis: comment on fait pour avoir d’aussi bonnes idées dramatiques? Qu’est-ce qu nous vient en premier? Et par quel espèce de miracle le «violon en or» a-t-il fait son apparition dans le scénario?

J’ai l’impression que tout est parti du «climax» de l’épisode: quand Jimmy Barrett lance un obus dans la jolie façade du mariage de Don Draper. Il s’agissait de mettre la table pour ce moment-là grâce la technique dramatique qui donne à Mad Men sa saveur particulière : utiliser la vie des personnages secondaires pour mettre en valeur celle du personnage principal. D’où, j’imagine, l’idée de revenir sur le mariage de Sal (via la carrière littéraire de Ken) précisément dans cet épisode.

Dans un épisode de la saison 4, en parlant du personnel de l’agence de pub, Peggy dit à Don: «we’re all here because of you». Au niveau scénaristique, je trouve que la phrase s’applique parfaitement personnages secondaires de Mad Men: ils sont là pour servir le développement du personnage principal.

24.11.10

Southside

J’ai un vraiment faible pour les cocktails sucrés et acidulés comme le Margarita et le Sidecar. Alors je suis bien content d’en avoir trouver un à base de gin qui me plaît beaucoup: le Southside.

Southside

-1 ½ oz de gin
-3/4 oz de jus de lime
-3/4 oz de sirop de sucre
-Un trait d’amer Angostura
-Un dizaine de feuilles de menthe

On commence par mettre la menthe dans son shaker on la pile très légèrement avec son pilon. Puis ajoute les autres ingrédients et on agite avec de la glace. Pour servir, on filtre le cocktail à travers une passoire pour éviter que des bouts de menthe ne se ramasse dans le verre qu’on décore en y faisant flotter une feuille de menthe.


La menthe donne un caractère distinctif à ce cocktail que je trouve très bien équilibré. On sent bien le sucre et l’acidité de la lime.

Le Southside est un cocktail plutôt obscur. Mais j'en quand même trouver sur Internet un barman qui en concocte un dans les règles de l'art.

11.11.10

Parlez-vous Danois?

La télé danoise parle de la nouvelle émission sur laquelle je travaille...

6.11.10

Pimm’s Cup

Il y a quelques semaines, j’ai bu mon premier Pimm’s Cup au pub Burgundy Lion, dans le sud-ouest de Montréal. Et j’ai tout de suite aimé à base de Pimm No 1, un alcool britannique qui a la particularité de… ne pas être vendu à la SAQ.

Au grand maux les grands moyens: aujourd’hui, je suis allé m’en chercher deux bouteilles à Hawkesbury en Ontario. La Régie des Alcools ontarienne vend du Pimm’s No 1 et une foule de «boissons fortes» que je n’avais jamais vues auparavant. Je me suis bien amusé à explorer les étagères. Et bien sûr, en arrivant à la maison, j’ai enfin pu boire mon deuxième Pimm’s Cup…

Pimm’s Cup

-1 ½ oz de Pimm’s No 1
-1/2 oz de jus de lime ou de citron
-Sprite, 7-Up ou soda au gingembre
-Un bâtonnet de concombre pour décorer

On remplit un grand verre de glace et on ajoute le Pimm’s No 1 et le jus de citron. On remplit ensuite le verre avec la boisson gazeuse. On décore ensuite en plaçant le bâtonnet de concombre dans le verre.


Le bâtonnet de concombre est un «must» parce qu’il donne au cocktail un parfum très agréable et une nuance de plus à sa saveur. Si le coeur nous en dit, on peut aussi transformer ce cocktail en salade de fruit comme le fait mon barman préféré...



Le Pimm’s Cup est un cocktail d’été, léger et rafraîchissant. Le Pimm’s No 1 affiche un taux d’alcool de 25% et il est dilué dans une bonne quantité de boisson gazeuse. Alors on peut boire tout un après-midi sans se ramasser sur le dos.

29.10.10

Mad Men 2.06: Maidenform

C’est dans cet épisode que Duck Phillips largue son chien Chauncy dans les rues de New York parce qu’il a honte de se remettre à boire devant lui.

Bizarrement, c’est l’une des scènes les plus émouvantes de toute la série. Parce que le pauvre Chauncy est une victime innocente et surtout parce que le geste de Duck en dit long sur son état d’esprit. Quand on se sent jugé par son chien…

C’est la grande force de Mad Men. Les auteurs de cette série n’ont pas leur pareil pour transformer en action dramatique ce qui se passe dans la tête de leurs personnage. Il y a un autre exemple éloquent dans cet épisode: quand Don Draper doit se lever et faire applaudir, notamment par sa fille, parce que c’est un ancien combattant. Sauf que Don connaît la vérité sur sa «carrière militaire» et nous aussi. Et ça donne une scène qui nous frappe de plein fouet et qui nous fait parfaitement comprendre l’état d’esprit de Don et ses actions subséquentes. Et Don ne prononce pas une parole!

26.10.10

Et je cite...

Dans son nouveau livre, A week a the airport, Alain de Botton écrit:

«I explained that I was looking for the sort of books in which a genial voice expresses emotions that the reader has long felt but never before really understood; those that convey the secret, everyday things that society at large prefers to leave unsaid; those that make one feel somehow less alone and strange.»


Il y a là-dedans une excellente définition de Mad Men. Et ça résume parfaitement ce que j'ai envie de faire comme auteur.

23.10.10

Matthew Wiener parle de Mad Men

Intéressante entrevue de Matthew Weiner avec un intervieweur allumé qui connaît bien Mad Men.

18.10.10

Histoire de lapin

Grâce à fiston qui l’a emprunté à la bibliothèque, j’ai revu dernièrement Who framed Roger Rabbit et je me suis régalé. Visuellement, ça tient encore très bien la route et l’histoire calquée sur les films de détective paumé à la Chinatown touche une de mes cordes sensibles. Le scénario file allègrement jusqu’à la scène d’action finale qui, elle, s’étire un brin.

Ce qui m’a frappé, c’est l’âge des protagonistes «humains». Le détective, son amoureuse, le méchant juge, le patron de Roger Rabbit… Tout ce monde-là est très vieux. Il me semble que si aujourd’hui Hollywood faisait un film mélangeant dessin animé et vie réelle, on aurait droit à des héros beaucoup plus jeunes.

Ma scène préférée: la chanson de Jessica Rabbit…

15.10.10

Un bonbon pour les fans de Mad Men

La musique thème de Mad Men amalgamée avec la chanson Nature Boy, que j'avais entendu pour la dernière fois dans le film Moulin Rouge.



C'est agréable parce que l'orchestration fait ressortir encore plus la charge émotive qu'il y a dans le thème de Mad Men.

4.10.10

Le niaisage

Ça m’est arrivé souvent de me sentir coupable parce que «niaisais sur Internet» à des moments où j’étais sensé travailler. Je croyais que ça trahissait une faiblesse de caractère impardonnable

J’écris au passé parce que j’ai révisé ma position. Ça m’a frappé l’autre jour: quand je niaise sur Internet au lieu de faire un travail, ce n’est pas moi le problème. C’est le travail. Je suis tout simplement en train de faire quelque chose qui ne me passionne pas assez pour que je trouve ça intéressant. Alors mon esprit se met tout naturellement en quête d’affaires qui l’intéresse – comme des vieux spectacles de Prince sur YouTube.



Je vois maintenant le niaisage sur Internet comme un signal d’alerte. Mon cerveau m’envoie le message suivant: t’es pas en train de faire quelque chose que tu devrais faire. Parce que tu trouves ça plate et que ça va paraître au final. Parce que tu n’es pas la personne la mieux qualifiée pour faire ce travail-là et que tu devrais donc le laisser à d’autres. Parce que tu pourrais être en train de faire quelque chose qui ne te donne pas envie d’aller voir des reprises de Prince sur YouTube.



Ça ne veut pas nécessairement dire qu’il faut renoncer à faire quelque chose dès que l’envie nous prend de butiner sur Internet. Moi mon travail, c’est d’écrire des textes. Et des fois, quand je m’ennuie en écrivant au point où je mets à niaiser sur Internet, ça veut simplement dire qu’il faut que je me pose des questions sur mon texte. Qu’est-ce qui me passionne là-dedans? Et si la réponse à cette question-là est «rien», qu’est-ce que je pourrais ajouter dans la marmite pour que je me mette à trouver ça passionnant?

26.9.10

The Good Wife

Mardi, la deuxième saison de la télésérie The Good Wife va commencer et je vais être devant mon téléviseur pour regarder ça. Au cours du dernier mois, j’ai regardé la première saison sur iTunes et j’ai assez aimé pour avoir envie de voir la suite.

Attention, on ne parle d’un chef d’œuvre télévisuel. Cette série-là est présentée sur CBS et c’est un bon vieux «show d’avocats» où il y a un «cas de la semaine» dans chaque épisode. Sa principale force, c’est sa prémisse. Alicia Florrick, le personnage principal, est la femme d’un politicien de Chicago qui, dans la première scène de la série, doit démissionner de son poste de «state attorney» parce qu’il a forniqué avec des prostitués. Le politicien se ramasse en prison et sa femme dit reprendre sa carrière d’avocate dans un grand cabinet.

Comment on se sent quand on est la «femme trompée» d’un scandale politico-sexuelle? Le coup encaissé, est-ce qu’on pardonne à son mari et au père de nos enfants? Que se passe-t-il quand monsieur sort de prison et décide qu’il veut relancer sa carrière politique et qu’il a a besoin de sa femme à ses côtés? C’est cette histoire-là qui est intéressante et que The Good Wife nous sert à petite dose, en périphérie de ces «cas de la semaine».

Ces cas-là ne sont pas complètement sans intérêt. Les auteurs font un gros effort pour éviter qu’on voit Alicia et ses collègues avocats plaider en cour semaine après semaine. Dans un épisode, toute l’histoire du cas de le semaine est racontée pendant qu’Alicia prépare ses témoins avant le procès et les soumettant à des interrogatoires d’entraînement. Dans un autre, on assiste aux délibérations d’un jury qui arrive difficilement à un verdict… pour se faire dire que les avocats plaidant la cause ont conclu une entente et que leur décision n’a plus aucune importance.

N’empêche, la formule finit par peser lourd. J’ai bien aimé la première saison, mais il n’y a pas un épisode là-dedans que j’ai envie de revoir. Disons que c’est une série à suivre à la télé.

24.9.10

Justified

Il y a quelques jours, je me suis abonné au service de vidéo sur demande que vient de lancer Netflix au Canada, question de profiter du mois d’essai gratuit qu’on nous offre.

Ça m’a permis de découvrir Justified, une série que je voulais voir depuis longtemps. Et jusqu’à maintenant, je ne suis pas déçu.

Justified met en vedette Timothy Olyphant, le shérif de Deadwood. Il incarne Raylan Givens, un marshall du Kentucky qui porte toujours un chapeau de cowboy et qui dégaine plus vite que son ombre… même s’il vit à notre époque.

J’ai vu quatre épisodes jusqu’à présent. J’ai surtout aimé le premier qui est une des meilleures émissions pilotes que j’ai eu l’occasion de voir. Un des grands forces des séries américaines, c’est la «couleur locale». Lexington au Kentuky, c’est tout un monde qu’on n’a jamais vu à la télé et une ambiance dans laquelle on n’a jamais baigné.

Dans le premier épisode, tout clique à merveille. Givens est à la fois héroïque et d’un simplicité déconcertante. Il est aux trousses d’un de ses amis d’enfance qui est interprété avec brio par Walter Coggins. Les dialogues ont un rythme particulier et très agréables à écouter. L’histoire prend des tournants surprenants et se termine de façon très satisfaisante.

Les autres épisodes que j’ai vu sont un peu moins réussi, mais je suis quand même devenu un fan. Mais il faut que je vous avertisse : c’est plutôt violent comme série. Dans chaque épisode, deux ou trois personnages prennent une balle dans le corps – et le plus souvent c’est le héros qui appuie sur la gachette.

Le service de vidéo sur demande de Netflix fonctionne à merveille et la qualité visuelle est très bonne. C’est un «buffet à volonté» pour 8$ par mois, ce qui est assez incroyable quand on y pense. Côté choix, par contre, ce n’est pas encore le Pérou – surtout en ce qui concerne les téléséries. Va falloir que ça s’améliore de ce côté-là avant que je me mette à payer pour ça.

9.9.10

Téléséries américaines : mon Top 5

Il y a quelques semaines, je suis arrivé au bout de la huitième et dernière saison de The West Wing. Depuis, je me sens prêt à me commettre et à vous présenter mes séries américaines préférées bien classées dans un Top 5. Alors allons y...


1. Mad Men

En deux lignes: dans les années 60, Don Draper et sa bande travaillent dans une agence de publicité … quand ils ne sont pas en train de se saouler ou de vivre une crise existentielle.

Quand j’ai eu l’idée de faire un palmarès, j’ai commencé par me dire que j’allais m’en tenir aux séries que j’avais vu au complet… mais que je ferais assurément une exception pour Mad Men. Cette série-là touche tellement mes cordes sensibles que j’ai parfois l’impression que ses auteurs l’écrivent juste pour moi. Don Draper, Peggy Olson et Pete Campbell sont devenus des âmes sœur pour moi. Et cette semaine, j’ai été renversé par The Suitcase, un épisode absolument extraordinaire, sans doute le meilleur de toute la série jusqu’à présent.


2. The Wire

En deux lignes: la police de Baltimore, les trafiquants de drogue de Baltimore, le port de Baltimore, la mairie de Baltimore, les écoles de Baltimore et les journalistes de Baltimore.

Comme Mad Men, The Wire est une série exigeante dans laquelle il faut investir du temps et de l’attention. Mais ça vaut la peine parce que la satisfaction qu’on en tire est sans pareil. Au départ, cette série était juste une série policière vraiment pas comme les autres – ce qui est déjà pas mal. Mais en cinq saisons, elle a brossé un tableau complet de la ville de Baltimore et de la vie urbaine en Amérique du Nord. La quatrième saison, celle où la série incorpore ce qui se passe dans une école primaire, est une pièce d’anthologie.


3. The West Wing

En deux lignes: les huit années à la Maison Blanche d’un président Américain presque parfait et de son équipe d’idéalistes passionnés qui travaillent 24 heures sur 24 pour le bien commun.

On regarde une télésérie pour «se tenir» avec une famille de personnages qu’on aime et The West Wing en possède une de première classe : Jed Bartlett, Leo McGarry, Josh Lyman, C.J. Cregg et Toby Ziegler sont les collègues de travail qu’on voudrait tous avoir. Après le départ de son créateur, Aaron Sorkin, cette série-là a connu un passage à vide qui a duré toute une saison. Puis elle pris un nouvel envol grâce à une nouvelle trame : une course à la présidence entre deux candidats vraiment intéressants. C’est la plus longue série dans mon palmarès avec 156 épisodes.


4. Breaking Bad

En deux lignes: à Albuquerque au Nouveau-Mexique, un prof de chimie atteint du cancer décide de fabriquer de la métamphétamine pour ramasser un magot pour sa famille.

Mon petit résumé ressemble au point de départ d’un film et c’est révélateur : cette série-là me fait penser à un long film qui ne démontre aucun signe d’essoufflement après trois saisons. Si elle ressemble à un film, c’est parce qu’elle est tournée avec le même sens de l’image que les meilleurs longs métrages et aussi parce qu’elle ne se permet aucune répétition. Une télésérie normale possède une formule qu’elle répète d’un épisode à l’autre. Ce n’est absolument pas le cas pour Breaking Bad qui se réinvente à chaque épisode et qui n’a pas peur de beaucoup faire évoluer ses personnages.


5. Buffy the Vampire Slayer

En deux lignes: une blonde adolescente tuent des vampires au lieu de devenir leur victime. Et elle reçoit l’aide d’un bande de nerds qui l’empêche de devenir une héroïne solitaire et cynique.

Quand j’ai regardé le 144ième et dernier épisode de Buffy, j’étais vraiment ému à l’idée que je n’allais plus passer de temps avec sa «gang» de personnages. Ça résume bien le charme de cette série qui peut avoir l’air kétaine quand on regarde un seul épisode mais qui fonctionne à merveille une fois qu’on est «embarqué» et qu’on a du vécu avec les personnages. Ma blonde m’assure que mon amour pour cette série-là signifie que je suis un nerd fini pas encore vraiment sorti de l’adolescence. Je porte fièrement le chapeau.


Quelques autres séries que j’ai bien aimé…

The X-Files… m’a fait aimé la télé et a tenu le coup pendant sept saisons avant de friser le ridicule pendant deux saisons.

Twin Peaks… Qui a tué Laura Palmer? On a eu la réponse après une saison et demi et la série a piqué du nez par la suite.

Battlestar Galactica… serait sans doute dans mon top 5 si sa dernière saison n’était pas un gâchi monumental.

Dexter… m’a épaté avec sa première saison. Mais j’ai déchanté par la suite parce que Dexter est le seul personnage de cette série que je trouve intéressant.

Deadwood… m’a captivé pendant que je la regardais. Mais c’est une série qui n’a pas marqué et à laquelle je ne pense jamais.

Firefly… a prouvé que Joss Whedon pouvait réussir à faire de la science-fiction avec des cowboys et des chevaux dedans... et que personne ne voulait voir ça.

In Treatment... Le plaisir de voir des bons acteurs jouer de bons textes dans un dépouillement absolu.

Friday Night Lights… Un de ces jours, je vais acheter la deuxième saison.

29.8.10

Mad Men 2.05: The New Girl

Le bout que je préfère dans cet épisode, c’est le tête à tête entre Pete Campbell et le médecin que sa femme et lui ont décidé de consulter parce qu’ils n’arrivent pas avoir un enfant. En quelques répliques, on revisite sa personnalité au grand complet…

DOC
Did your testicles descend normally?

PETE
Absolutely.

DOC
And have you ever fathered a child?

PETE
No.

DOC
Have you ever had difficulty completing the sexual act?

PETE
Drinking doesn’t help. But no. I always reach home base.

DOC
Do you have difficulties with arousal?

PETE
Jesus. I’m a red blooded american male, okay?

(…)

DOC
Do you want to have a child?

PETE
What kind of question is that? Of course I do. What man doesn’t want a child. Although you think about the world right now. The bomb…

DOC
Do you worry about the world?

PETE
Occasionally.

DOC
Do you work with X-rays, radioactive material, or toxic chemicals?

PETE
I’m in advertising. Oh! We got a Xerox machine, but I don’t use it, not personally.

DOC
Advertising. It must be a lot of fun.

PETE
Are you kidding. I’ an account man. I spend half my day tiptoeing around creative crybabies and the other half drinking with ungrateful turnips who just fell off the truck. I’ completely replaceable, even though I just brought in a huge account. The you throw this baby-thing on top of it, the economy contracting, my in-laws…

DOC
Yes, it’s a lot. What about your parents?

PETE
My father just passed away.

DOC
I’m sorry to hear that.

PETE
Do you think that has something to do with this? It doesn’t. I mean… I try not to think about it. It’s been a few months.

DOC
It is a difficult moment in the life cycle. But we are part of a continuum, aren’t we?

PETE
So maybe I’m the end of the line.

C’est du grand dialogue dramatique parce que toutes les lignes de Pete sont riches en sous-texte. Pete ne dit pas toujours le fond de sa pensée, mais on lit quand même en lui comme dans un livre ouvert. Mes deux réponses préférés sont «Absolutely» et « Occasionally». La première parce que c’est tout à fait Pete de vouloir qu’aucun doute ne plane à propos de ses testicules. La seconde parce qu’il répond à une question philosophique comme si le médecin lui demandait s’il avait parfois du mal à dormir ou à avoir une érection.

21.8.10

Gin Rickey

Je suis allé à Washington il y a quelques mois et j’aurais dû en profiter pour boire mon premier Gin Rickey. C’est le cocktail emblématique de la capitale américaine parce qu’il aurait été inventé à cet endroit par un lobbyiste du parti Démocrate dans les années 1880.

Ce cocktail-là est particulier parce qu’il ne comporte aucun ingrédient sucré. La recette est d’une simplicité exemplaire.

Gin Rickey

-1 1/2 onze de gin
-La moitié d’une lime
-Eau ménérale


On presse la lime au dessus d’un verre Collins ou une grande coupe à vin, puis on la laisse tomber dans le verre. Ensuite, on remplit le verre de glace et d’eau minérale, on mélange avec soin et c’est prêt.

Il ne faut pas lésiner sur l’eau minérale parce que c’est l’ingrédient qui contrebalance l’acidité du jus de lime. Quand j’ai goûté ce cocktail pour la première fois, je ai quand même été surpris par son amertume. Mais j’y ai vite pris goût. Parce qu’il n’est pas du tout sucré, le Gin Rickey est particulièrement léger et rafraîchissant. C’est comme une beau eau minérale citronnée… mais avec en prime le bouquet de saveurs du gin.

7.8.10

Sazerac

Le Sazerac est un très vieux cocktail originaire de la Nouvelle-Orléans. Sa principale qualité, c’est qu’on peut le siroter pendant très longtemps sans qu’il ne perdre son intérêt. Au contraire, on n’en finit plus de découvrir de nouvelles saveurs.

Sazerac

-Deux onzes de whisky
-Une cuillérée d’absinthe ou d’une autre liqueur anisé (comme le pastis)
-Quatre ou cinq traits d’amer Peychaud (ou, à la rigueur, Angostura)
-Un cube de sucre ou l’équivalent.
-Une lamelle de zeste de citron

On commence par faire refroidir un verre old fashioned en le remplissant de glace puis en ajoutant de l’eau. Dans un autre verre old fashioned, on met le sucre, l’amer et à peu près une onze d’eau, puis on mélange jusqu’à ce le sucre soit dissout. On remplit ensuite ce verre de glace, on ajoute le whisky et on mélange. Puis on vide le premier verre et on enduit l’intérieur avec l’absinthe. Ensuite, on verse le whisky dans ce verre-là en retenant la glace. Et finalement, on «twiste» le zeste de citron au dessus de verre pour le parfumer d’huile essentielle.



Même si on met très peu d’absinthe ou de pastis, c’est cet ingrédient-là qui donne sa personnalité au cocktail. La saveur d’anis se marie de façon surprenante avec celle du whisky. Je serais vraiment curieux d’essayer un vrai Sazerac fait avec un «rye», de l’absinthe et d'amer Peychaud. Mais la version bâtarde que je fais avec du Canadian Club, du Ricard et de l'Angostura est devenu un de mes cocktails préférés.

23.7.10

Mad Men 2.04: Three Sundays

Dans cet épisode, un personnage que j’aime beaucoup fait ses débuts: le jeune curé Gill, qui débarque soudain dans la vie de Peggy Olson.

J’ai réalisé aujourd’hui que Colin Hanks, l’acteur qui joue le curé, est le fils de Tom Hanks. Ça ne rajeunit personne!

Ce personnage-là crève l’écran parce qu’il est déconcertant de vérité. Il repose sur une idée centrale: avant d’être un homme d’église, le curé Gill est un jeune de son temps. Il se comporte comme n’importe quel jeune qui vient de commencer sa carrière et qui veut bien faire. Il est enthousiaste, nerveux, un peu maladroit et s’intéresse davantage à Peggy parce qu’elle est de son âge. Et quand il boit un verre et fume une cigarette à la table des Olson, il a l’air d’un jeune employé de Sterling-Cooper en soutane.

Cet épisode contient une ellipse particulièrement efficace. Après avoir travaillé très fort à préparer une présentation pour séduire American Airlines, Don Draper et sa bande apprennent juste avant de tenter leur coup qu’ils n’ont plus aucune chance de réussir parce que leur contact chez le transporteur aérien vient de se faire montrer la porte. Ils font quand même leur présentation, mais on ne la voit pas. C’est habile parce que ça nous fait vraiment sentir qu’ils ont travaillé pour rien.

14.7.10

Mad Men 2.03: The Benefactor

C’est avec cet épisode que la deuxième saison de Mad Men prend vraiment son envol. Don Draper rencontre sa nouvelle maîtresse, Bobbie Barrett, ce qui le place sur la trajectoire qu’il va suivre durant toute la saison.

Il faut bien le dire: Don Draper est surtout intéressant quand il trompe sa femme. C’est une composante essentielle du personnage. Avec ses maîtresses, il se montre plus humain et plus vulnérable. J’ai déjà écrit que ses campagnes publicitaires étaient une fenêtre sur son âme. Les femmes qu’il choisit comme maîtresses le sont tout autant.

Pourquoi écrire une œuvre dramatique? Il y a juste une bonne réponse à cette question-là: pour exprimer quelque chose qu’on ne peut pas exprimer autrement. Cet épisode fait ça tellement bien que je me sens incapable de paraphraser ce qu’il «dit». C’est clair que l’épisode porte sur le mariage et la vie de couple. Le problème, c’est d’essayer d’être plus précis que ça. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’après avoir vu ça, je trouve la vie de couple plus émouvante. Je suis plus sensible à sa richesse et à sa complexité. Je saisis mieux sa dimension existentielle et poétique.

8.7.10

Mad Men 2.02 : Flight One

Le 1er mars 1962, 95 personnes sont mortes dans l’écrasement d’un Boeing 707 d’American Airlines qui venait de décoller de New-York pour aller à Los Angeles.

Cet épisode de Mad Men se déroule ce jour-là et on finit par découvrir que le père de Pete Campbell était à bord de l’avion. On a apprend que l’accident a eu lieu dans une scène qui m’a fait réalisé quelque chose. Tous les employés de Sterling-Cooper écoutent la radio et son bouleversés par la nouvelle.

En voyant ça, j’ai eu un élan de sympathie pour eux. Ces gens-là n’ont pas la couenne aussi dure que nous. Ils n’ont pas vécu tout ce qu’on a vécu. Ils sont moins endurcis, plus innocents et, j’oserais dire, plus humains que nous. 95 morts dans un accident d’avion, c’était à ce moment-là la pire tragédie aérienne de l’histoire des États-Unis. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on a vu pire depuis.

Je pense que c’est très payant sur le plan dramatique. D’abord parce qu’on est davantage touché par ce qui arrive à ces personnages-là, un peu comme on est plus touché quand un drame arrive à un enfant. Ensuite parce que ça nous ramène à nous-mêmes. Notre époque nous en fait voir de toutes les couleurs et on en prend soudain conscience. On a un élan de sympathie pour nous-mêmes.

2.7.10

Mad Men 2.01: For those you think young

J’ai toujours trouvé cet épisode particulièrement déprimant. Deux ans après qu’on l’ait vu pour la dernière fois, Don Draper ne va pas bien du tout et ça assombrit tout l’épisode. Le poème de Frank O’Hara qu’il récite à la fin résume parfaitement son état d’esprit et c’est mon moment préféré dans l’épisode.

Comme Don Draper dirige une équipe de créateurs publicitaires, ça lui arrive souvent de donner des conseils d’écriture. C’est vraiment le fun parce que ces conseils-là s’appliquent à ce que je fais. Dans cet épisode, il y a quelques lignes que je trouve lumineuses…

«There has to be advertising for people who don’t have a sense of humor.»

«Clients don’t understand that their success is related to standing out, not fitting in.»

«One wants to be the needle in the haystack. Not the haystack.»

«Stop writing for other writers.»

«You feeling something. That’s what sells.»

La première n’a pas vraiment à avoir avec la création, mais je l’adore parce que c’est un cri de révolte contre la sensibilité actuelle. Les deux suivantes disent la même chose: comme créateur, pour avoir du succès, il faut s’efforcer d’être différent plutôt qu’essayer de suivre la mode. La troisième me fait sentir coupable parce que j’ai l’impression d’avoir souvent fait ce que Don dit de ne pas faire. Et la quatrième est la plus importante de toute. Parce qu’elle met le doigt sur ce qu’il y a de plus important dans le travail artistique.

27.6.10

Tom Collins


L’été, c’est la saison des cocktails «allongés» qui rafraîchissent. Dans ce genre-là, j’ai un nouveau favori: le Tom Collins.

Tom Collins

-1 ½ onze de gin
-3/4 d’onze de jus de citron
-Une cuillérée à thé de sucre
-Club Soda

On met le gin, le jus de citron et le sucre dans son shaker et on agite avec de la glace. On filtre ensuite le mélange dans un verre Collins rempli de glace. Puis on allonge avec le club soda jusqu’à ce que le verre soit rempli à ras bord.


Difficile de faire plus simple. Et pourtant, le Tom Collins est une petite merveille. Le citron et sucre s’équilibrent et font ressortir la saveur subtile du gin. J’ai été conquis dès la première gorgée.

Le Tom Collins a donné naissance à toute une famille de cocktail. En mettant du whisky à la place du gin, on obtient un John Collins. Avec de la tequila, un Juan Collins. Et avec du rhum, un Ron Collins.

Autre possibilité : ajouter un fruit en l’écrasant au fond de son shaker. Deux ou trois framboises font très bien l’affaire, mais je préfère… une tranche de concombre. Ça peut paraître bizarre mais ça marche parfaitement.

16.6.10

Mon festival de Banff

Ça fait toujours bizarre de se retrouver quelque part où on rêvait d’aller depuis longtemps. Soudain, l’endroit perd un peu de son aura mythique. La réalité remplace l’image qu’on avait inventé dans sa tête.

Ça faisait longtemps que je rêvais d’aller au Festival de la télévision de Banff et j’ai pu faire cette année grâce au Pieds dans la marge. Notre émission était en nomination pour un prix et ça nous a valu un voyage dans les Rocheuses.

On n’a pas gagné le prix, mais peu importe. Je venais surtout à Banff pour assister à des conférences données pas des auteurs de renom. Question qu’il en reste quelque chose, je me suis lancé un défi: tirer de chacune d’elle trois idées que je trouve utiles ou importantes. Voici que ça donne…

James Manos
Le gars qui a développé la télésérie Dexter à partir d’une série de romans mettant en vedette un «gentil» tueur en série.

-Un moment donné, James Manos a signé un contrat pour produire un film pour HBO. Quelques semaines avant de commencer, il a réalisé que… il n’avait pas la moindre idée comment produire son film. Alors il est allé voir un bonze chez HBO et lui a dit : «je n’ai pas la moindre idée comment produire mon film.» Le bonze s’est arrangé pour lui donner un cours accéléré et il a pu produire son film sans problème. Il y a une leçon pour tout le monde là-dedans. Quand on sait pas faire quelque chose, il faut le dire plutôt qu’essayer de le cacher. C’est notre seule chance que quelqu’un nous vienne en aide.

-Quand il a développé le personnage de Dexter Morgan, James Manos se posait une question : comment faire pour que le téléspectateur s’attache à un tueur en série? Pour lui, c’était la clé de tout. Et il a eu l’idée de faire de Dexter un genre de Pinocchio voulant devenir un vrai être humain parce qu’il pensait que le gens allaient s’identifier à cette quête-là. Ce n’est pas une révélation pour moi parce que c’est justement cet aspect du personnage qui m’avait accroché. Mais sur le moment, j’ai eu l’impression que j’étais tout seul à réagir comme ça alors qu’on dirait bien que ce n’est pas le cas. C’est une leçon pour moi parce que j’ai souvent tendance à croire que personne ne ressent ce que je ressens et que c’est mon principal problème en tant qu’auteur. C’est aussi une leçon d’écriture que j’ai le goût de résumer comme ça : il faut traiter tous nos personnages comme si c’étaient des tueurs en série et donner aux téléspectateurs une bonne raison de les aimer.

-«Anger is good», a dit James Manos durant sa présentation. Parce qu’il croit qu’être en colère peut aider écrire. C’est une façon colorée de dire qu’il faut écrire à propos de quelque chose qui vient nous chercher. Parce que sinon, on va avoir de la difficulté et ça va paraître au final. Et puis aussi à quoi bon?


Bill Prady
Un des créateurs du sitcom the Big Bang Theory

-Bill Prady a une théorie intéressante sur l’art du sitcom. Selon lui, si on peut prendre une ligne dans un sitcom, la dire à quelqu’un sans la mettre en contexte et le faire rire, c’est probablement qu’on a affaire à un mauvais show. Par contre, si on sent le besoin de raconter un bon bout d’histoire et d’expliquer qui sont les personnages avant de lancer la ligne, on a affaire à un bon sitcom. Parce que c’est un sitcom dans lequel l’humour provient des personnages et de la situation dans laquelle ils sont.

-Un gars qui se considère comme un nerd a demandé à Bill Prady comment un show mettant en vedette des nerds pouvaient être aussi populaires. Le gars disait qu’ils adoraient The Big Bang Theory, mais qu’ils ne comprenaient pas pourquoi autant de monde pouvait aimer ça aussi. C’est drôle parce que je dis souvent la même chose au sujet de Mad Men. La réponse de Bill Prady : les nerds de son show sont populaires parce que pour eux, la vie est un gros party super le fun auquel ils n’ont pas été invité. Et ça, c’est un sentiment que tout le monde ressent plus ou moins secrètement. C’est à ce niveau-là que la connexion s’établit. Ce qui est exactement ce que disait James Manos à propos de Dexter.

-Parce que c’est un sitcom très classique filmé devant public, The Big Bang Theory n’a pas l’air d’une œuvre très «personnelle». Et pourtant, c’en est une. Pendant quelques années, Bill Prady a travailler dans une firme informatique et a côtoyé des programmeurs complètement nerds. C’est ce qui lui a inspiré les personnages de son sitcom. Prady lui-même est un authentique nerd qui était tout excité parce qu'il allait interviewer William Shatner le lendemain. Bref, c'était en plein le gars parfait pour faire ce show-là. D'où une question que tout le monde devrait se poser: moi je suis le gars parfait pour faire quoi?


David Zucker
Le producteur qui aidé les auteurs Michelle et Robert King à créer la série The Good Wife.

-David Zucker a montré un extrait de The Good Wife durant lequel le personnage principal de la série, la femme d’un politicien qui s’est fait prendre à coucher avec des prostitués, reçoit une déclaration d’amour. Sa réponse: « I get the romance, show me the plan. Poetry's easy, it's the parent-teacher conferences that are hard. Everything that is important in life needs a plan». Il n’en fallait pas plus pour que je décide de regarder cette série.

-Quand ils ont commencé à développer la série, les auteurs de la série étaient fascinés par une image: celle de ces femmes de politiciens américains debout à côté de leur maris qui avouent en conférence de presse qu’ils ont eu une aventure avec une ou plusieurs femmes. C’est quand ils ont décidé de faire de cette image-là la toute première scène de leur série qu’ils ont finalement réussi à vendre leur projet à CBS. C’était le bon point de départ, le plus dramatique et le plus vendeur. Ma conclusion: il faut mettre de l'avant ce qui nous fascine parce que c’est notre meilleur chance de fasciner les autres.

-Selon David Zucker, tous les vrais bons shows fait quelque chose que personne n’avait osé faire auparavant. Dans le cas de The Good Wife, c’est avoir comme personnage principal une «vieille femme» de plus de 40 ans. Paraît qu’États-Unis, c’est du jamais vu. Alors je pense que ça vaut la peine de se poser la question quand on crée quelque chose: qu’est-ce que je fais que personne n’a osé faire auparavant?


Ricky Gervais
Le génie comique qui nous a donné The Office et Extras… avec son compère Stephen Merchant.

-Ricky Gervais a dit «On ne peut pas trouver un personnage drôle si on ne ressent pas de l’empathie pour lui». C’est plutôt étonnant de la part du créateur de David Brent, l’insupportable patron de la version originale de The Office. Pour s’expliquer lors de sa conférence, Ricky Gervais a parlé de ses idoles de jeunesse: Laurel et Hardy. «J’avais envie de les serrer dans mes bras», a-t-il dit. On ne peut pas en dire autant de David Brent. Plusieurs personnes à qui j’ai passé cette série-là n’ont pas pu la regarder au complet parce qu’ils «haïssaient trop» David Brent. Mais moi je l’ai toujours trouvé assez pathétique pour ne pas le détester.

-Parlant de Laurel et Hardy: en écoutant Ricky Gervais, j’ai eu l’impression que pour lui un sitcom c’est une série de duos comiques possédant leur dynamique propre. Dans The Office, il y a David Brent et Gareth, Gareth et Tim, Tim et Dawn, Dawn et David Brent, Tim et David Brent, etc. Dans Extras, il y a Andy et son agent Darren, Andy et Maggie, Darren et Barry, etc. Pour un auteur, ça me paraît une façon géniale de voir sa série. Ça permet se poser des questions vraiment utiles. Qu’est-ce que ça va donner quand ce personnage-là va se retrouver avec celui-là? C’est quoi la mécanique comique entre ces deux-là? Est-ce que ma galerie de personnages me donnent plusieurs combinaisons riches en potentiel ou est-ce que j’ai un problème à ce niveau?

-Quand ils ont commencé à travailler sur The Office, Ricky Gervais et Stephen Marchant savaient surtout ce qu’ils ne voulaient pas faire: de gros gags, de l’humour facile, des «one liners». Ils écrivaient en réaction aux sitcoms qu’ils avaient vus et n’avaient pas aimés. Ça me semble une excellente façon de «partir la machine».


Vince Gilligan
Le créateur de la série Breaking Bad

-Le «héros» de Breaking Bad, Walter White, fabrique et vend du meth, ment à toute sa famille et n’en finit plus de vendre son âme au diable. Et pourtant, on est attaché à lui. L’explication de Vince Gilligan. «Walter White est un gars qui a une passion». C’est vrai qu’on a toujours du plaisir à regarder aller un personnage qui se consacre entièrement à quelque chose. L’auteur a aussi dit à propos de Walter White: «I found him endelessly interesting to write about». Comme auteur, je pense qu’il faut absolument se sentir comme ça par rapport à son personnage principal.

-Vince Gilligan a cité Stanley Kubrick qui a déjà dit qu’un film devait contenir une demi douzaine de «moments insubmersibles». Ou, pour être plus clair, des moments tellement forts et singuliers qu’ils vont rester dans la tête du spectateur pour toujours. Ou, pour être plus poétique, des moments qui sont en soi des œuvres d’art. Chose certaine, Breaking Bad regorge de moments comme ceux-là. La fameuse scène impliquant une tortue par exemple. Badger sur son banc public. Jesse et la toilette chimique. L’oncle de Tuco et sa petite clochette. Le drogué qui essaie de forcer le coffre-fort d’un guichet automatique. Comme l’indique ces exemples, les moments mémorables de Breaking Bad sont souvent construits autour d’un objet qui devient un des «vedettes» de la scène. J’ai déjà lu quelque part que Vince Gilligan aimait les auteurs qui étaient capables de «raconter une histoire de façon visuelle». Construire une scène autour d’un objet permet certainement de faire ça.

-Beaucoup de fans aiment que les créateurs d’une série aient un plan bien défini et sachent exactement où s’en vont avec leur histoire. Ils ont l’impression que ça ne peut pas donner de bons résultats si les auteurs «improvisent» au fil des épisodes. Et pourtant, c’est ce que font presque tous les auteurs y compris Vince Gilligan. Sa philosophie d’écriture: «We try to listen to the characters and to stay true to the characters.» Or, un personnage, ça ne sort pas tout d’un bloc quand on conçoit une série. On découvre ça peu à peu, à mesure qu’on écrit des épisodes. Cette façon de travailler a aussi l’avantage de permettre aux auteurs de faire de belles découvertes et de les exploiter au maximum. Dans Breaking Bad, par exemple, Vince Gilligan avait décidé de faire mourir le personnage de Jesse à la fin de la première saison. Mais il a tellement aimé ce qu’a fait l’acteur Aaron Paul avec le personnage qu’il a mis de côté son plan. Jesse a survécu et la série ne s’en porte que mieux.


Ian Breenan
Un des trois auteurs de la série Glee.

-Je ne connaissais pas Ian Breenan et je n’ai jamais regardé un épisode de Glee au complet. Mais il a tout de suite capté mon attention en disant: «It’s when you stop trying to writing something important that you start writing something important.»

-Ian Breenan, Ryan Murphy et Brad Flachuck co-écrivent tous les épisodes de Glee et se partagent la direction de la série. Selon Breenan, ce travail de collaboration donne une émission capable de séduire un public plus large. Il a dit que s’il était le seul maître à bord, Glee serait probablement un show culte suivi passionnément par un million d’Américains… mais complètement ignoré par tous les autres.

-Sur l’humour, Ian Breenan a dit quelque chose qui me paraît fondamental: «You always have to be offensive to be funny». Je pense que c’est vrai. Comme le fou du roi qui osait se moquer de son patron, il faut avoir l’audace de faire quelque chose que personne d’autre n’ose faire. En abordant un sujet tabou par exemple. Ou en repoussant les limites de l’insignifiance.

4.6.10

Mad Men 1.13: The Wheel

Le dernier épisode de la première saison de Mad Men met en évidence LE procédé narratif qui distingue cette série de toutes les autres. Je dirais même que c’est l’arme secrète de Matthew Wiener et de son équipe d’auteurs – le «truc» sur lequel repose la magie particulière de cette série-là.

Honnêtement, il a fallu que je lise cet article pour mettre le doigt dessus. Pour résumer en une phrase courte: par leurs actions, les personnages s’éclairent l’un l’autre. Ou pour être plus précis: ce qui arrive à un personnage est très souvent expliqué, complété et rendu plus dramatique par ce qui arrive à un autre personnage.

Dans The Wheel, il y a deux exemples très clairs. Ce n’est pas un hasard si Harry Crane a trompé sa femme dans l’épisode précédent et couche au bureau dans celui-ci. Ça nous permet de voir un gars qui a ruiné son mariage en plein au moment où on se demande si Don Draper n’est pas en train de ruiner le sien.

Ce n’est pas un hasard non plus si Francine vient raconter à Betty Draper qu’elle a pris son mari en flagrant délit d’adultère et fini par avouer qu’elle n’a aucune idée quoi faire maintenant qu’elle «sait». Ça nous permet de mieux comprendre pourquoi Betty fait l’autruche à propos des infidélités de son propre mari.

Ailleurs dans la série, ce procédé-là est utilisé beaucoup plus subtilement, à toutes sortes d’échelles. Parce que Joan est la maîtresse de Roger Sterling, on comprend mieux pourquoi Rachel hésite à devenir la maîtresse de Don. Et parce Rachel finit par tomber sous le charme de Don, on comprend pourquoi Joan n’a pas pu résister à Roger. Bref, ces deux histoires se complètent.

On peut établir le même genre de parallèle entre Don Draper et Peggy Olsen. Ces deux-là sont pratiquement le même personnage à deux étapes différentes de sa vie. En regardant aller Peggy, on comprend comment Dick Whitman est devenu Don Draper.

30.5.10

Whisky Smash

Le Whisky Smash est un cocktail tout simple que je trouve très bon. En gros, c’est un mojito au whisky avec du citron plutôt que de la lime. La recette que j’ai adoptée va comme suit…

Whisky Smash

-1 ½ onze de whisky
-Un demi citron coupé en quatre quartiers
-Cinq ou six feuilles de menthe
-Deux cuillérées à thé de sucre ou ¾ d’onze de sirop de sucre


On met les quartiers de citron avec le sucre au fond de son shaker et on les écrase au pilon pour extraire le jus. On ajoute ensuite les feuilles de menthe et on les écrase légèrement. Puis on incorpore le whisky et on agite avec de la glace. On filtre ensuite dans un verre Old Fashioned rempli de glace en évitant le plus possible de laisser passer des petits bouts de menthe. Et finalement, on décore avec un bouquet de menthe et un quartier de citron.

Le citron et la menthe transforme le whisky en boisson très rafraîchissante. Pour le moment, c’est mon cocktail de l’été. Mais bon, l’été commence à peine…

Voici un barman de Chicago qui prépare le Whisky Smash à peu près comme moi… mais avec infiniment plus de style et de doigté.

14.5.10

Chez Denise

Est-ce que quelqu'un d'autre que moi regarde Chez Denise sur Tou.tv?

Ç'a été une de mes comédies québécoises préférées durant mon enfance et je trouve que ça reste encore intéressant à regarder même s'il n'y a pratiquement pas de gags qui me font rire.

Ça s'écoute bien surtout parce que ça va vite. D'habitude, quand on une regarde une vieille comédie, le rythme est lent et ça traîne en longueur. Dans Chez Denise, par contre, le rythme est très soutenu. Les acteurs livrent leurs textes à grande vitesse et il n'y a pas de temps mort entre les répliques.

Pendant des années, j'ai entendu Denise Filiatrault dire que la comédie c'était une affaire de rythme et Chez Denise illustre parfaitement sa théorie.

Chez Denise regorge aussi de «vieilles affaires» qui me font capoter. Comme un vieux kodak Instanmatic avec un flash à trois étages. Ou Manda Parent. Ou un jeu pour enfant qui était un genre d'aquarium avec des boutons sur lequel on pesait pour envoyer des jets d'air dans l'eau et faire bouger des affaires.

Dans le deuxième épisode, il y a une longue séquence en extérieur que j'ai regardé plusieurs fois. Les chars qu'il y a dans les rues de Montréal sont tellement longs!

Mais ce que j'aime le plus dans Chez Denise, c'est la chanson-thème de Gilles Rivard. Ce gars-là était un génie de la mélodie accrocheuse.

10.5.10

Hurricane

Le Hurricane est un cocktail qui a fait son apparition à la Nouvelle-Orléans dans les années 40. Théoriquement, il faut le servir le dans le verre en forme de lampe-tempête à qui il doit son nom. Mai j’ai fait le mien dans une choppe à bière et le résultat était pas mal.



Hurricane

-1 1/2 onze de rhum ambré
-1 1/2 onze de rhum blanc
-1 onze de jus d’orange
-1 onze de jus de lime
-1 onze de sirop de canne ou une cuillérée à thé de sucre
-1/2 onze de sirop de fruits de la passion.
- Une cuillérée à thé de grenadine


On passe tous les ingrédients au shaker. Puis on sert dans un grand verre rempli de glace qu’on décore avec une tranche d’orange et une cerise.

Ça c’est la version sophistiquée du cocktail. On peut aussi en faire une version simple en utilisant la même quantité de rhum, une onze de sirop de fruits de la passion et 3/4 d’onze de jus de lime. À condition bien sûr de trouver du sirop de fruits de la passion. Comme c’est l’ingrédient distinctif du Hurricane, on ne peut pas vraiment s’en passer. J’ai eu la surprise d’en trouver cet au marché Métro de l’Île Perrot en fin de semaine.

Le Hurricane est un cocktail très sucré qui m’a fait penser au Mai Tai – un autre cocktail mélangeant rhum blanc et ambré. Ça se boit très bien, mais la double dose de rhum produit son effet. J’étais tout étourdi une fois mon verre terminé. Pas étonnant que ce soit le cocktail avec lequel les touristes se saoulent à la Nouvelle-Orléans…

1.5.10

Mad Men 1.12: Nixon vs Kennedy

Je me souviens d’avoir été électrisé par cet épisode la première fois que je l’ai regardé. Parce que c’est un épisode qui contient une grosse révélation. On apprend comment Don Draper est devenu Don Draper.

Bien sûr, quand c’est la quatrième ou cinquième fois qu’on le regarde, ce moment-là a moins de punch. Et tout l’épisode est pas mal moins excitant.

C’est intéressant parce que ça aide à comprendre ça fait quatre ou cinq fois que je regarde les trois saisons de Mad Men sans jamais m’ennuyer. Cette série dans laquelle il y a très peu de suspense et de révélations choc. Comme spectateur, c’est très rare qu’on soit en train de chercher la clé d’un mystère ou de se demander ce qui va se passer ensuite. On est plutôt là pour savourer le moment présent. La qualité dramatique de chaque scène et le jeu des acteurs qui font vivre ces scènes-là. Et ce plaisir-là reste intact après plusieurs visionnements.

Ce que je préfère, dans cet épisode, c’est la confrontation entre Don Draper et Pete Campbell qui menace de révéler la véritable histoire identité de Don pour le forcer à lui donner une promotion. C’est ce que Mad Men fait de mieux : mettre deux ou trois personnages dans une pièce et les laisser en découdre. Dans ce cas-ci, c’est vraiment fascinant de voir Don Draper utiliser toute sa prestance pour intimider Pete puis paniquer complètement dès que celui-ci quitte son bureau.

J’aime aussi que cette histoire se transforme en réflexion sur le chantage. D’habitude, il n’y a rien de plus simple que faire chanter quelqu’un à la télé. La «victime» accepte les termes du jeu et se plie généralement aux demandes du maître chanteur. Don Draper ne fait pas ça du tout. Il essaie plutôt de faire comprendre à Pete qu’on ne peut pas vraiment faire chanter quelqu’un avec qui on travaille. Voici en vrac ce qu’il dit à Pete à ce sujet-là…

«When you threaten someone in this manner, you should be aware of the fact that if your information is powerful enough to make them do what you want, what else can it make them do?»

«Really, you’re just going to go up to the office and tell Burt Cooper.»

«Well, let me ask you. How do you think he’ll react when you tell him this story of yours? You except him to promote you after the way you’ve behaved?»

«You haven’t thought this through.»

«I’m gonna take care of this right now.»

«I won’t let you hold this over my head.»

Devant cette attitude, Pete n’a d’autre choix que de mettre sa menace à exécution et révèle le secret de Don au grand patron de la boîte, Bert Cooper. Et celui-ci réagit en sortant une des meilleures répliques de toute la série…

«Mister Campbell. Who cares?»

28.4.10

Mad Men 1.11: Indian Summer

Dans cet épisode, Peggy Olson doit accoucher d’un concept publicitaire pour une «ceinture amaigrissante» et donne Draper lui donne un conseil que je trouve très pertinent. Ça va comme suit…

«Just think about it deeply, then forget it...and an idea will jump up in your face.»

C’est vrai que ça marche. Moi en tout cas, ça m’arrive souvent de trouver soudainement une idée ou une solution à un problème en me levant le matin alors que je n’arrivais à rien la vieille.

C’est comme s’il fallait laisser notre cerveau travailler en paix pour qu’il arrive à créer. Mais ce n’est pas toujours facile à faire. Dans la journée, c’est très dificile d’arrêter de penser à son problème. Et ça m’est arrivé souvent de ne pas réussir à dormir parce que mon cerveau refusait d’arrêter de fonctionner.

27.4.10

The Story

Comme scénariste, mon travail c’est de raconter des histoires. Alors je médite souvent sur trois questions: c’est quoi une histoire, à quoi ça sert et comment on fait pour en écrire une bonne?

À NPR, la radio publique américaine, il y a une émission d’affaires publiques qui s’intitule justement The Story. Ce titre-là n’est pas insignifiant. Il oriente toute la démarche journalistique de l’émission. Quand l’animateur reçoit quelqu’un en entrevue, il ne pose pas des questions de façon désordonnée, à la Christiane Charrette. Si l’invité est là pour raconter sa vie, il commence par lui demander où il est né et quel genre d’enfance il a eu, puis poursuit de façon chronologique. Si l’invité est là pour raconter un événement qu’il a vécu, encore là l’animateur pose ses questions de manière à ce que l’entrevue se déroule comme un récit.

The Story fait aussi des reportages en utilisant la même approche. L’autre jour, j’ai vraiment été fasciné par ce reportage, qui porte sur les «stents» – des tubes de métal qu’on met dans les artères pour les garder ouvertes.

C’est une histoire dans le sens où le reportage raconte une séquence d’événements : il y a quelques années, un scientifique a publié une étude démontrant que les patients à qui on greffait ces tiges ne se portaient pas tellement mieux que ceux qu’on traitait uniquement avec des médicaments.

Que s’est-il passé ensuite? Aux États-Unis, le recours à cette technique a diminué de façon significative… pour une brève période. Ensuite, les chiffres se sont mis à remonter jusqu’à revenir à leur niveau antérieur et même le dépasser.

Pourquoi? Parce qu’il y a des chirurgiens qui font juste dans la vie et qui n’ont pas envie de ralentir le rythme parce qu’ils sont payés à l'acte. Parce qu’il y a des patients qui ne veulent pas prendre de chance ou qui préfèrent subir cette opération plutôt que se discipliner à prendre leurs médicaments et à faire de l’exercice. Parce que personne dans le «système» n’a intérêt à limiter le recours à cette procédure très coûteuse. Parce que si on peut sauver une vie de plus…

Aucun doute: c’est une petite histoire qui en dit très long. Depuis que je l’ai entendu, j’ai la conviction de mieux comprendre pourquoi les dépenses en santé explosent dans tous les pays du monde et pourquoi c’est si difficile de les contrôler. Grâce à cette histoire, je me sens moins niaiseux. J’ai l’impression de mieux voir le problème et comment on pourrait le résoudre. Là où je voyais un «problème de système», je vois maintenant des êtres humains qui se comportent comme des êtres humains.

Je pense que c’est ça une bonne histoire: un cas particulier avec une résonance universelle. Une manifestation concrète d’une abstraction difficile à saisir autrement. C’est cette marchandise-là qu’il faut livrer quand on veut raconter une bonne histoire.

25.4.10

French 75

Pour allonger un cocktail et lui ajouter une touche effervescente, on ajoute généralement du club soda. Dans le cas du French 75, on met plutôt du champagne. Et le résultat est absolument sensationnel.

Ce cocktail doit son nom à un canon de 75 mm que l’armée française employait durant la Première Guerre Mondiale. C’est un nom qui lui va bien parce c’est un cocktail qui a pas mal de punch.

French 75

-1 ½ onze de gin
-3/4 onze de jus de citron
-Deux cuillérées de sucre
-Champagne ou autre vin mousseux


On met le gin, le jus de citron et le sucre dans son shaker avec une bonne quantité de glace et on agite. On filtre dans une flûte à champagne qu’on remplit ensuite avec le vin mousseux. Puis on donne un coup de cuillère pour mélanger et on décore avec une cerise au marasquin ou un zeste de citron.

Mais avant de vous essayer, regardez mon barman préféré en préparer un...



Je pense que je vais boire plusieurs French 75 cet été. C’est un cocktail plein de légèreté et de fraîcheur qui se boit tout seul. Pour m’en faire en fin de semaine, j’ai acheté pour 3,75$ une mini-bouteille de mousseux allemand qui ne doit certainement pas être un grand vin. Mais j’ai quand même trouvé le résultat excellent.

C’est sûr que je vais remettre ça le week-end prochain.

18.4.10

Singapore Sling

L’autre soir, j’ai eu l’audace de commander un Singapore Sling dans un restaurant thaï. Le verre que j’ai reçu ne goûtait surtout le jus d’orange. C’est un des problèmes avec les cocktails : ceux qu’on sert dans les bars et les restaurants sont souvent faits à la va-vite sans respect pour les recettes originales.

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut faire beaucoup mieux à la maison en se documentant sur Internet. Pour le Singapore Sling, je me fie à mon barman préféré…




Singapore Sling

-1 1/2 onze de gin
-2 onzes de jus d’ananas
-1/2 onze de jus de lime
-1/2 onze de brandy à la cerise
-1/2 onze de Bénédictine
-1/4 onze de liqueur d’orange
-Deux traits de grenadine
-Un trait d’amer Angostura
-Club soda

On mets tous les ingrédients sauf le club soda dans son shaker et on agite avec de la glace. Ensuite, on filtre le mélange dans un verre à moitié rempli de glace, on ajoute un trait de club soda et on brasse un peu pour que l’eau gazeuse «aère» le cocktail. Puis on garnit, idéalement avec une cerise et un quartier d’ananas.


Ça vaut la peine de ressembler tous ces ingrédients-là parce que ça donne un cocktail exotique de grande classe. Le jus d’ananas lui donne un aspect givré en plus de mâtiner le goût de l’alcool. Parfait pour ceux qui n’aiment pas quand leur verre goûte «le fort».

12.4.10

Vieux Carré

Hier soir, question de me mettre dans l’ambiance pour regarder Treme à HBO, je me suis préparé un cocktail originaire de la Nouvelle-Orléans. La nouvelle série de David Simon, le créateur de The Wire, se passe dans cette ville trois mois après les ravages causés par l’ouragan Katrina.

Contrairement à bien d’autres, le Vieux Carré est un cocktail dont les origines sont indiscutables. Il a été inventé en 1938 par Walter Bergeron, qui était barman à l’hôtel Monteleone. Sa recette est riche en alcool…

Vieux Carré

-3/4 onze de whisky (idéalement du «rye»)
-3/4 onze de brandy
-3/4 onze de vermouth rouge
-1/4 onze de Benedictine
-Un trait d’amer Angostura
-Un trait d’amer Peychaud

On met tous les ingrédients dans un verre à mélange, on ajoute des glaçons et on brasse un vingtaine de secondes avec cuillère. Puis on sert dans un verre old fashioned rempli de glace qu’on décore d’un «twist» de citron
.



Il y a dans le Vieux Carré un ingrédient peu connu et un autre absolument introuvable au Québec. La Bénédictine est une liqueur aromatique fabriquée à Fécamp en France. L’amer Peychaud est originaire de la Nouvelle-Orléans et n’est pas vendu ici. J’ai donc fait un Vieux Carré pas tout à fait authentique en doublant la quantité d’amer Angostura.

Ça donne un cocktail très riche en saveur et assez fort pour détendre n’importe qui. Je ne peux pas dire que ç’a été le coup de foudre, mais c’est un bon cocktail que je vais certainement me refaire de temps en temps.

7.4.10

Arthur sur Capitol Hill

On vient de passer une très belle fin de semaine de Pâques à Washington, une ville que la série The West Wing m’avait donné très envie de visiter.

Notre hôtel était tout près de Capitole, alors c’est la première attraction qu’on est allé voir. Ç’a été le point de départ d’une longue marche à travers le Mall qui nous a mené jusqu’au Lincoln Monument et à la Maison Blanche.

Comme c’était le congé de Pâques, il y avait un monde fou sur le Mall et ce qui m’a le plus frappé c’est à quel point toute cette foule était tranquille et civilisée. Sur le Lincoln Monument par exemple, c’était littéralement noir de monde. Et pourtant, je n’ai eu aucune difficulté à grimper au sommet avec fiston pour aller rendre visite à la statue d’Abraham Lincoln.

Il a même fallu que je me dépêche pour prendre moi-même cette photo parce que de méchants américains n’arrêtaient pas de m’offrir gentiment de la prendre à ma place. J’aime bien nous prendre en photo en tenant mon appareil à bout de bras et je peux vous assurer que ce n’est pas facile à faire à Washington.

À la fin de cette journée, Arthur était complètement claqué.

Le lendemain, on a fait du vélo à Georgetown dans des petites rues tranquilles bordées de magnifiques maisons en rangée. Et on a passé une bonne heure dans un parc pour enfant pour que qu’Arthur puisse s’amuser un peu.

24.3.10

Sidecar

C’est toujours agréable d’essayer un nouveau cocktail et de tomber sur un petit bijou. C’est ce qui m’est arrivé avec le Sidecar.

Sidecar

-1 ½ onze de brandy
-3/4 onze de liqueur d’orange
-3/4 onze de jus de citron


On frappe les trois ingrédients dans un shaker rempli de glaçons puis on filtre dans un verre à cocktail rafraîchi.

C’était la première fois que je faisais un cocktail à base de brandy et j’ai bien aimé. La liqueur d’orange et le jus de citron mettent de la vie dans cet alcool plutôt austère.

Le Sidecar est un cocktail qui a été inventé dans les années 20 et que presque plus personne ne boit. C’est dommage parce que c’est très bon et très simple à faire.

20.3.10

Arthur sur le Mont du Centenaire

J’ai trouvé une nouvelle activité à pratiquer avec fiston Arthur : escalader des montagnes.

On a commencé ça modestement aujourd’hui en grimpant au sommet de la butte à glisser du parc du Centennaire à Dollard-des-Ormeaux. C’est une petite colline d’une trentaine de mètres d’altitude qui est sans doute artificielle mais qui est quand même bien boisée.

Arthur a fait l’ascension tout seul comme un grand par un sentier plutôt à pic. Rendu au sommet, on a célébré en plantant le drapeau que j’avais confectionné à la hâte juste avant de partir. Disons qu'il ne passera pas à l'histoire du bricolage...

Le «A», c’est pour Arthur. Et parce que ça ressemble à un pic enneigé. Mais va falloir que j’améliore mon design pour qu’on s’en rende compte.

Arthur n’avait plus envie de marcher pour la descente. Alors il a fallu que je me transforme en «sherpapa» et que je le transporte sur mes épaules jusqu’en bas.

Ensuite, on est allé jeté un coup d’œil sur le lac artificiel du parc du Centenaire et on est tombé sur un banc de barbottes qui lézardaient près de la berge. J’imagine qu’elles sont habituées à recevoir de la nourriture.

Mad Men 1.10: The Long Week End

J’ai toujours beaucoup de plaisir à regarder Don Draper mener ses réunions avec ses collègues de travail et surtout ses clients. C’est un des aspects de son travail de concepteurs publicitaires qui rejoint ma réalité. Comme scénariste, moi aussi je suis souvent dans des réunions où je dois «vendre ma salade», convaincre des gens qui ont le pouvoir de m’empêcher de faire ce que je veux ou «gérer du personnel».

Don Draper est mon idole dans ce domaine-là parce qu’il domine toutes les réunions auxquelles il assiste. Parce qu’il a le sens du spectacle et qu’il est intimidant. J’aimerais bien avoir son assurance.

Dans The Long Week End, on le voit convaincre le père de Rachel Menken d’accepter son plan pour revamper son magasin à rayons… tout en envoyant des fleurs à sa fille qu’il aime d’amour.

MENKEN
Can’t I keep what I have and just build on it?

DON DRAPER
Well, honestly, the unpleasant truth is that you don’t have anything. Your customers can’t ben depend on anymore. Their life have changed. They’re prosperous. Over the years, they developed new tastes. They’re like your daughter. Educated. Sophisticated. The know full well what they deserved and they’re willing to pay for it.


Ces scènes-là jouent un rôle très important dans Mad Men parce qu’elles permettent aux auteurs de la série d’aborder de front les thèmes qu’ils développent plus subtilement dans leurs autres scènes. Quand Don fait un «pitch», il se transforme en anthropologue et en philosophe. Il analyse les comportements humains. Et en faisant ça, il se révèle lui-même.

Je trouve ça tellement plus habile et agréable que de l’entendre exprimer ses états d’âme dans un «voice over»…

17.3.10

White Lady

Si je me suis fait un White Lady ce soir, c’était pour essayer quelque chose de nouveau: un cocktail contenant du blanc d’œuf.

On ajoute du blanc d’œuf dans certains cocktails pour leur donner une texture onctueuse et un aspect mousseux. On peut tout fait se préparer un White Lady sans y mettre de blanc d’oeuf. Mais si on le fait, on obtient un cocktail qui mérite vraiment de s’appeler White Lady.

White Lady

-1 ½ onze de gin
-3/4 onze de liqueur d’orange
-3/4 onze de jus de citron
-Une cuillerée de blanc d’œuf

On mets tous les ingrédients dans son shaker avec des glaçcons et on frappe un peu plos longtemps que d'habitude pour bien émulsionner le blanc d’œuf. On filtre ensuite dans un verre à cocktail rafraîchi.


Le résultat n’est pas du tout dégoûtant, contrairement à ce qu’on pourrait le penser. La texture est agréable et ça donne un très joli verre. J’avais déjà essayé le White Lady sans blanc d’œuf et j’avais trouvé ça un peu banal. Avec cet ingrédient, le cocktail a beaucoup plus de personnalité.

Voici un barman qui prépare très bien le White Lady et qui propose deux variations intéressantes : le Blue Lady (avec du Curaçao bleu en guise de liqueur d’orange) et le Pink Lady (avec un trait de grenadine pour colorer le cocktail en rose). Le seul hic, c'est qu'il coupe en deux la dose de gin...


The White Lady: How To Make The Perfect Cocktail - A funny movie is a click away

16.3.10

Mad Men 1.09 : Shoot

Il y a une séquence mémorable dans cet épisode. C’est la toute dernière scène, quand Betty Draper passe son désarroi de «desesparate housewife» sur les pigeons voyageurs de son voisin, une cigarette entre les lèvres.

Il y a une leçon pour tous les scénaristes là-dedans : notre métier, c’est de traduire ce qu’on veut dire en images et surtout en action. C’est la particularité de l’écriture dramatique. C’est aussi une contrainte qu’on essaie de plus en plus de contourner à coup de narrations et de procédés à la Amélie Poulain.

À part les flashbacks nous montrant le passé de Don Draper, Mad Men ne donne presque jamais là-dedans. C’est un des aspects de cette série que j’admire le plus. C’est de la bonne vieille dramaturgie qu’on pourrait très bien jouer sur une scène de théâtre. La réalisation est sobre, il n’y a pas d’artifice et on donne toute la place au texte et au jeu des acteurs.

12.3.10

Mad Men 1.08 : The Hobo Code

C'est dans épisode que Bert Cooper recommande à Don Draper Atlas Shrugged, un roman d’Ayn Rand. Je n’avais jamais entendu parler de cette auteure-là auparavant et j’ai compris pourquoi quand j’ai suivi le conseil du patron de Sterling-Cooper et que j’ai emprunté le bouquin à ma bibliothèque. S’il y a un livre qui ne «pognera» jamais au Québec, c’est assurément celui-là. Je ne pense pas qu’on puisse s’éloigner davantage de la sensibilité québécoise.

Ayn Rand a vécu son enfance en URSS à l’époque de Staline et elle a développé une aversion absolue pour tout ce qui s’appelle communisme, socialisme et collectivisme. Pour elle, ces systèmes-là, c’était de l’exploitation des forts par les faibles – ou du moins des plus brillants et des plus productifs par la foule des imbéciles et des paresseux.

Atlas Shrugged porte essentiellement là-dessus. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est un livre controversé. La haine qu’il inspire à certaines personnes est absolument extraordinaire. On ne pardonne pas à son auteure de faire l’apologie de l’individualisme, du capitalisme, des entrepreneurs, de l’argent et d’à peu près tout ce que la gauche déteste.

Moi j’ai trouvé le livre… excessif mais passionnant. Je ne me suis pas ennuyé une minute en lisant cette brique de 900 pages – sauf peut-être durant l’allocution radio du mystérieux John Galt… qui s’étire sur quelque chose comme 70 pages. Il se passe des tonnes d’affaires dans ce roman-là et le point de vue est tellement original que ça incite à la réflexion.

Ayn Rand ne fait pas dans les nuances. Ses héros sont sans peur et sans reproche et ces vilains sont totalement abjects. Personnellement, je me suis reconnu dans les deux groupes. Dans le courage et la volonté de bien faire de l’héroïne, Dagny Traggat, comme dans la couardise et la volonté d’autodestruction de son frère James.

Pour revenir à Mad Men, c’est assez étonnant à quel point la littérature est présente dans cette série-là. Don Draper ne se fait pas seulement suggérer Atlas Shrugged. On le voit aussi LIRE DES LIVRES, notamment Exodus et Meditation in an Emergency. Ce n’est pas courant pour un héros de la télé.